Rétro console ultime la Thor d’Ayn

Depuis quelque temps, les rétro-consoles Android cartonnent sur le marché et offrent une expérience de retrogaming jusqu’ici assez inégalée. Grand fan de Game Boy Advance, j’avais fait l’acquisition de l’Anbernic RG35XXSP, qui m’avait déjà beaucoup séduit par sa taille et son design. Je lui reprochais toutefois un OS un peu brouillon ainsi que l’absence de stick analogique, ce qui m’empêchait de jouer aux jeux PSP alors même que la console en avait la puissance.

J’avais ensuite jeté mon dévolu sur un autre petit bijou : la Miyo Flip V2. Plus petite, plus fine, équipée de deux sticks analogiques… une vraie réussite.


Les limites pour l’expérience Nintendo DS

Ces deux consoles sont excellentes, mais pour l’expérience Nintendo DS, avouons-le, c’est limité.
On se retrouve à :

  • afficher deux écrans minuscules,
  • ou à switcher sans arrêt entre l’écran du haut et celui du bas,
  • sans parler de l’absence de tactile, indispensable pour certains jeux.

J’avais donc un peu abandonné l’idée de rejouer à mes Layton ou Final Fantasy Tactics A2 dans de bonnes conditions.


L’arrivée de la Pocket DS et de la Thor : un tournant

Récemment, deux consoles sont arrivées pour répondre à cette demande insensée :

Et je ne vais pas mentir : j’ai totalement craqué pour le design de la Thor, ce qui a clairement influencé mon choix.

Avec ces machines, on entre dans une nouvelle catégorie : la rétro-console premium.
La Thor supporte des émulateurs allant jusqu’à la Nintendo Switch et la PS3, propose deux écrans tactiles, le tout avec l’écosystème Android.

Un rêve devenu réalité… mais qui a forcément un petit prix.


Le modèle choisi

J’ai opté pour la version 12 Go de RAM + 256 Go de stockage, équipée d’un Snapdragon 8 Gen 2, un processeur qui envoie du très lourd.
Et pour le look, j’ai craqué pour la version Rainbow, qui me rappelle les couleurs de la Super Nintendo, ma console de cœur.
Pour les plus pragmatiques, je recommande la version noire : on y voit moins les bordures lorsque les jeux sont affichés dans leur format d’origine.


Livraison & unboxing : rapide et soigné

Je ne vais pas m’attarder sur le déballage, d’autres le font très bien en 3 heures de vidéos qui feraient pâlir n’importe quel fétichiste du unboxing.

En résumé :

  • envoi suivi et tracé,
  • un peu moins d’une semaine pour arriver à Hong Kong,
  • emballage impeccable et plaisant à découvrir.

Rien à redire.


Le point crucial : la console arrive… vide

C’est un aspect essentiel à connaître avant l’achat :
la Thor arrive entièrement vide.

  • Aucun jeu
  • Aucun émulateur
  • Aucun BIOS

C’est à vous de tout installer, configurer, organiser. Et cela représente des soirées entières de travail si vous voulez faire les choses proprement.

Il faut aussi garder en tête la dimension légalement sensible de l’émulation. Ne téléchargez que les jeux que vous possédez déjà, et faites-le pour de la sauvegarde ou de l’archivage.

Notez également que rien n’est garanti :
certains jeux refuseront de tourner, d’autres auront des bugs ou nécessiteront une configuration spécifique.

Bref : ce n’est pas un outil clé en main.
Avoir une certaine appétence pour l’informatique est un vrai prérequis.

Heureusement, on trouve d’excellentes vidéos en ligne pour guider l’installation.


Les applications que j’ai installées

Pour ma part, voici ma configuration de base :

Outils système

  • Obtainium pour suivre le versioning des émulateurs
  • Arthemis pour streamer mon PC directement sur la Thor
  • Syncthing (bientôt installé) pour synchroniser mes sauvegardes
  • GameHub (optionnel, je ne l’utilise pas) pour récupérer les jeux Steam

J’ai aussi ajouté une micro-SD XC1 A1 (vitesse de copie A1 minimum) de 1 To , indispensable dès qu’on attaque les jeux GameCube/PS2 qui deviennent rapidement très lourds.


Les émulateurs installés

Voici mon panel d’émulateurs, volontairement limité à l’essentiel :

  • RetroArch (Game Boy, Super NES, Mega Drive, PlayStation 1, Atari, Amiga, etc.)
  • MelonDS pour la Nintendo DS
  • Azahar pour la 3DS
  • Dolphin pour la GameCube/Wii
  • NetherSX2 pour la PS2
  • PPSSPP pour la PSP
  • M64Plus FZ pour la Nintendo 64
  • Eden pour la Nintendo Switch

Chacun demande une configuration complète :
chemins des ROMs, ajout des BIOS, réglages techniques, configuration des contrôleurs, etc.


Une interface agréable : Daijishō

Pour naviguer entre mes jeux, j’ai choisi Daijishō, qui est simple et plaisant à utiliser.
Vous pouvez aussi opter pour EmuStation ou pour le tout récent IISU, qui semble très prometteur.


Après quelques soirées… une machine incroyable

Une fois la configuration terminée, je me retrouve avec :

  • une rétro-console extraordinaire,
  • un catalogue gigantesque,
  • un confort de jeu inégalé,
  • un excellent écran 6″,
  • une autonomie plus que raisonnable (encore optimisable via les réglages de ventilation, d’affichage ou de fréquence).

Si vous êtes familier avec le retrogaming et fan de jeux dual-screen, c’est clairement la console du moment.

#21 – It’s Only A Movie – Family

Lorsqu’on évoque Family, les amateurs de rock progressif des années 70 froncent un sourcil, sourient de biais, puis commencent à parler des cris étranges de Roger Chapman comme s’ils décrivaient un phénomène paranormal.


Dans le paysage du rock britannique de 1966 à 1973, le groupe occupait une place à part : un mélange unique de rock psychédélique, rock progressif, blues-rock, folk, avec parfois des touches jazz/soul. Ils aimaient les arrangements audacieux, les cuivres inattendus, les cordes dramatiques, les textures sonores bricolées mais brillantes. Rien de “standardisé”, rien de sage : un laboratoire musical ambulant, toujours en mouvement.

It’s Only a Movie, sorti en 1973, conclut la carrière du groupe avec une élégance atypique : un mélange de rock, de country, de cabaret et d’une bonne dose d’excentricité très britannique.

Un album concept ? Oui, mais version Family.

Le titre pourrait laisser croire à une fresque cinématographique. Et effectivement, l’album prend la forme d’un hommage décalé au cinéma américain : génériques imaginaires, ambiances western, scènes de bar poussiéreux, et une impression que quelqu’un, quelque part, porte un chapeau de cow-boy à paillettes.

Mais ne vous attendez pas à un concept album au sens strict. Family n’a jamais fait dans la ligne droite : l’album s’apparente plutôt à une bobine bricolée, faite de petites histoires, d’émotions et d’expérimentations qui forment un tout surprenant mais cohérent.

Une palette musicale riche et un groupe en pleine mutation

En 1973, Family touche à sa fin. L’ambiance n’est plus à la conquête du monde mais à la réalisation d’un dernier projet sincère et inspiré. Cela se ressent dans la production : plus détendue, plus fluide, parfois presque joueuse.

  • La chanson-titre “It’s Only a Movie” ouvre avec son ton western et sa bonne humeur grinçante. C’est un générique qui annonce clairement : À partir de maintenant, attachez vos ceintures, mais ne prenez rien trop au sérieux.
  • “Leroy” apporte une énergie plus brute, presque funky, rappelant que Family pouvait groover quand l’envie leur prenait.
  • “Boom Bang” offre une ambiance plus théâtrale, avec un Roger Chapman qui semble avoir avalé un shaker d’électricité statique avant d’entrer en studio. Du pur Family.
  • “Buffet Tea for Two” joue la carte cabaret et met en valeur la versatilité des arrangements.

Ce qui frappe, c’est la variété assumée. L’album passe d’un genre à l’autre, mais toujours avec cette patte inimitable : un rock progressif qui ne se prend pas trop au sérieux, servi par un chant rugueux et habité.

Roger Chapman : toujours aussi inclassable

Impossible de parler de Family sans évoquer la voix de Chapman, sorte de croisement entre un bluesman possédé et un animateur de foire victorienne. Sur It’s Only a Movie, il est au sommet de son expressivité : rauque, étrange, captivant. On a parfois l’impression qu’il raconte une histoire de saloon en claquant le poing sur une table en bois, puis qu’il se met à chanter comme si le plafond venait de s’effondrer.

Une performance unique, qui contribue fortement au charme de l’album.

Une sortie en douceur pour un groupe qui n’a jamais fait comme les autres

Si It’s Only a Movie n’est pas le disque le plus ambitieux de Family, il est sans doute l’un des plus agréables et accessibles. Il résume la personnalité du groupe : inventif, légèrement tordu, souvent brillant, et toujours sincère.

C’est le clap final d’un groupe qui a laissé sa marque dans le rock britannique, parfois dans l’ombre des géants du genre, mais avec une originalité qu’on ne peut confondre avec aucune autre.

It’s Only a Movie est un album à (re)découvrir. Un disque qui raconte une histoire, ou plutôt plusieurs, en jonglant entre les genres et les ambiances. Il ne cherche pas à révolutionner le rock – juste à offrir un moment musical sincère, coloré, parfois théâtral, toujours plaisant.

Et comme le dit son titre avec un clin d’œil : ce n’est qu’un film.
Mais quel film.

#20 – Qu’est-ce que tu vas faire – Bill Deraime

Entre blues hexagonal et fusion un peu bancale

Il y a des disques qui s’imposent d’emblée, qui claquent à la première écoute comme une évidence. Et puis il y a ceux qui laissent planer un doute, une zone grise où l’on se demande si on a affaire à un coup de génie discret… ou à une tentative sympathique mais pas complètement transformée. Qu’est-ce que tu vas faire de Bill Deraime se balade justement dans ce no man’s land musical.

Un disque charnière dans la carrière de Deraime

Sorti en 1981, Qu’est-ce que tu vas faire est le troisième album studio de Bill Deraime, et sans doute celui qui l’a véritablement propulsé sur le devant de la scène grâce au titre « Babylone tu déconnes », devenu son hymne officieux. Ce disque marque un tournant : le blues français trouve ici une forme plus accessible, capable de séduire au-delà du cercle des initiés. Deraime ne s’y aventure pas seul : il s’entoure d’une formation solide avec Lionel Gaillardin, Daniel Schnitzer (anciennement du groupe Il était une fois), le batteur Charly Guedj, l’harmoniciste Chris Lancry et même une section de cuivres affiliée à l’univers Higelin. Cette combinaison donne à l’album un relief particulier, où le blues se teinte de variété, de rock et de chanson française.
Source : Le Deblocnot.

Le blues de Bill, entre sincérité et costume trop grand

Bill Deraime, figure du blues français, a toujours eu ce talent de poser sa voix râpeuse sur des textes simples et directs, avec ce parfum de sincérité qui fait qu’on lui pardonne beaucoup. Sur cet album, il semble chercher un équilibre instable entre ses racines blues, un goût pour la chanson française et une touche de variété assumée. On a parfois l’impression qu’il endosse des habits qui ne sont pas vraiment les siens.

Ici, on croit entendre du Charlélie Couture dans la manière de sculpter un groove un peu bancal, du Eddy Mitchell dans certains élans rock’n’roll feutrés, ou même un soupçon de Bashung dans les envolées plus sombres. Mais jamais vraiment jusqu’au bout. On reste dans un entre-deux : assez proche pour reconnaître l’intention, jamais assez incarné pour atteindre la même intensité. Un peu comme les fusions aléatoires de Goten et Trunk, on sent qu’il manque ce petit quelque chose pour rendre l’ensemble vraiment cohérent.

Le charme discret des maladresses

Cela dit, c’est aussi ce flottement qui fait le charme du disque. Qu’est-ce que tu vas faire n’essaie pas de séduire à coups de tubes calibrés. C’est un album qui parle en aparté, qui gratte doucement derrière l’oreille plutôt que de bousculer frontalement. Et si certaines pistes paraissent inabouties, d’autres révèlent au fil des écoutes une chaleur et une authenticité qu’on ne peut pas feindre.

En somme, Bill Deraime signe ici un disque à son image : imparfait mais sincère, parfois maladroit, mais toujours porté par une voix et une présence uniques.

#19 – Manifest Destiny – The dictators

Il y a des groupes qui avancent droit dans leurs bottes, prêts à mordre le monde avec leurs riffs crasseux. Et puis il y a les Dictators, formation new-yorkaise pas vraiment réputée pour sa discrétion, qui, en 1977, a surpris son monde avec Manifest Destiny. Un album où le proto-punk mal rasé des débuts s’offre soudain une coupe de cheveux presque correcte et un son plus… civilisé. Oui, civilisé. Enfin, à leur manière.

Le tournant d’un groupe en pleine mutation

Produit par Murray Krugman et Sandy Pearlman (les cerveaux derrière Blue Öyster Cult), l’album marque un virage sonore évident. On s’éloigne du bazar jouissif de Go Girl Crazy! pour lorgner vers un rock plus costaud, plus FM, moins garage. Les guitares brillent, la production est carrée, parfois trop, au point que certains fans de la première heure ont crié à la trahison.

Mais attention : même avec ce vernis plus propre, les Dictators restent les Dictators. Il y a toujours ce petit parfum de sarcasme, cette énergie qui déborde, ce côté. Disons que la bande a troqué les canettes de bière tièdes pour des verres à pied… tout en gardant les baskets.

Entre ambition et rébellion

Ce qui frappe à l’écoute de Manifest Destiny, c’est cette hésitation permanente : veut-on séduire le grand public avec des refrains plus accessibles, ou continuer à incarner cette insolence punk qui faisait tout le sel du groupe ? Résultat : un disque hybride, ni tout à fait rebelle ni complètement docile, avec quelques éclairs de génie et d’autres moments plus… discutables.

La critique, à l’époque, n’a pas toujours été tendre. Trop produit pour les puristes, pas assez commercial pour les radios. Un entre-deux qui, avec le recul, donne pourtant à l’album un charme particulier : celui des groupes qui cherchent, qui tâtonnent, et qui, au passage, livrent quelques pépites qu’on n’avait pas vu venir.

Pourquoi l’écouter aujourd’hui

Parce que Manifest Destiny raconte un moment précis de l’histoire du rock, celui où les frontières entre punk, hard rock et pop commençaient à se brouiller. Parce qu’il y a une vraie sincérité derrière cette tentative d’évoluer, de grandir… sans jamais totalement renier ses origines. Et parce qu’au fond, on aime bien voir les Dictators essayer de se tenir droit, tout en sachant très bien qu’ils finiront par tout foutre en l’air au morceau suivant.

Bref, un album à (re)découvrir, pas pour sa perfection, mais pour son audace maladroite et son énergie toujours contagieuse.

#18 – Love Devotion Surrender – Carlos Santana Mahavishnu John McLaughlin

Il y a des disques qui donnent envie de prendre un billet pour Katmandou… et puis il y a Love Devotion Surrender.
Juillet 1973 : Carlos Santana et John McLaughlin se pointent, crâne lisse et regard habité, comme deux moines armés de Gibson. Pas pour jouer un boogie-woogie de fin de soirée, non : pour livrer une messe électrique, quelque part entre Coltrane, les Upanishads les Upanishads et une transe lumineuse.

À la base, ce n’était qu’une idée un peu folle : deux disciples du maître spirituel Sri Chinmoy rendant hommage à A Love Supreme. Mais au lieu de flûtes en bambou et bols tibétains, ils empilent les amplis, invitent un commando de jazzmen (Khalid Yasin [Larry Young], Billy Cobham, Jan Hammer, Michael Shrieve…) et enregistrent une demi-heure de lumière compressée sur vinyle.


Un disque qui ne choisit pas son camp

Le rock ? Trop propre.
Le jazz ? Trop carré.
La fusion ? Trop sage.

Santana et McLaughlin préfèrent la zone floue, celle où Naima se joue comme une prière à la bougie, et où The Life Divine explose en solo staccato façon mille étincelles. On sent deux esprits qui ne cherchent pas à briller plus que l’autre : Santana reste ce conteur au vibrato chantant, McLaughlin cette mitraillette de notes impossible à suivre… et pourtant, les deux s’écoutent, respirent, se laissent la place.

Si vous mettez un casque (et un peu de patience), l’album devient presque un duel d’escrime : Santana à gauche, McLaughlin à droite. . C’est un mixage simple, mais ça donne l’impression que chaque note vous frôle l’oreille avant de repartir en orbite.


Méditatif, mais électrique

Oui, la pochette arbore Sri Chinmoy, et oui, il y a un parfum de méditation dans l’air. Mais n’imaginez pas un disque calme où l’on somnole en tailleur sur un coussin de yoga. Love Devotion Surrender vibre d’une énergie tendue, presque électrique — ça pulse, ça sue, ça se tend comme une corde prête à claquer sous un orage.

Santana, profondément marqué par la musique de John Coltrane, cherchait à canaliser cette lumière spirituelle dans ses guitares. McLaughlin, de son côté, voulait fusionner la rigueur du jazz avec la puissance brute du rock. Le résultat ? Un rituel sonore intense, presque mystique, où l’on sent la ferveur d’un voyage intérieur autant que la force d’une explosion musicale.


En 1973, l’album a dérouté : trop rugueux pour les fans de Santana, trop rock pour les puristes jazz. Aujourd’hui, il s’écoute comme une météorite spirituelle : unique, imprévisible, et toujours incandescente.

Un conseil : mettez le disque en fin de soirée, volume généreux, lumière basse. Vous comprendrez vite pourquoi Love Devotion Surrender n’est pas seulement un hommage à Coltrane, mais un rendez-vous avec quelque chose qui dépasse la musique… et peut-être vous aussi.

images issues du site : Musicians – Sri Chinmoy’s official site et Hugh Lelian Browne

#17 – Poèmes Rock – Charlélie Couture

Poèmes rock est un album tout à fait particulier au sein de cette playlist. Il s’agit du dernier album acheté par mon père, il porte à lui seul toute la symbolique de la démarche liée à ce projet de playlist. C’est également un album que j’aime tout particulièrement : il m’a énormément accompagné lors de mes nombreux voyages au cours de mon adolescence. Quand je l’écoute, il a l’effet de la madeleine de Proust, la réminiscence de tous ces sentiments, de toutes ces images surgissant de mon passé.

Peut-être est-ce justement cette charge émotionnelle qui me pousse à en parler aujourd’hui, car Poèmes rock n’est pas seulement un souvenir personnel : c’est aussi un jalon important dans l’histoire de la chanson française. Cet album, paru en 1981, marque un tournant décisif dans la carrière de Charlélie Couture. Il impose immédiatement un style hybride, à la frontière entre chanson française et rock, avec une poésie brute, urbaine, qui tranche avec le paysage musical de l’époque.


Une identité sonore singulière

Poèmes rock, c’est un mélange rare : des textes ciselés, presque des fragments de carnet, portés par une énergie électrique. On y retrouve une atmosphère à la fois sombre et lumineuse, comme si chaque chanson cherchait à saisir une part d’ombre pour en faire jaillir une étincelle. Les arrangements mêlent guitares nerveuses, touches électroniques et un blues discret mais constant, qui ancre le tout dans une esthétique très « rock d’auteur ».


Ce qui rend Poèmes rock encore plus fascinant, c’est son histoire. À l’époque, Charlélie Couture part enregistrer à New York pour son label Islands Records, une première pour un artiste français de ce genre. Il travaille avec des musiciens américains et un son résolument moderne pour l’époque, ce qui lui permet de sortir du carcan de la chanson traditionnelle. Ce choix audacieux lui vaudra d’être remarqué par la critique et de poser les bases de ce qui sera sa marque de fabrique : un univers où la poésie se mêle au rock.


Des textes qui frappent par leur intensité

L’écriture de CharlÉlie Couture, c’est une poésie urbaine, brute, parfois mélancolique, mais toujours vibrante. Dans Poèmes rock, chaque titre semble être un fragment d’âme jeté sur la pellicule d’un monde en mouvement.
Parmi les morceaux emblématiques, « Comme un avion sans aile » reste sans doute le plus connu, devenu un classique intemporel. Mais au-delà de ce tube, l’album regorge de pépites comme « L’histoire du loup dans la bergerie» ou « Le fauteuil en cuir », qui témoignent de la puissance évocatrice de son écriture.


Pourquoi il reste intemporel

Plus de quarante ans après sa sortie, Poèmes rock garde une fraîcheur étonnante. Ses textes ne vieillissent pas, car ils parlent d’émotions humaines fondamentales. Sa musique, bien que marquée par son époque, a cette patine qui la rend unique, à mi-chemin entre le rock des années 80 et une chanson française affranchie des codes.


En somme, cet album n’est pas seulement une œuvre musicale : c’est un compagnon de route, une part de mémoire, un pont entre passé et présent. Si vous ne l’avez jamais écouté, laissez-vous tenter : vous y trouverez peut-être, vous aussi, un peu de votre propre histoire.

#16 – Songbird – Jesse Colin Young

La bibliothèque de vinyle trône désormais au milieu de notre salon. Tout le monde a maintenant accès aux sacro-saints disques. C’est Capucine ce matin qui est venue me voir avec un album tout rouge entre les mains : Jesse Colin Young Songbird. Un artiste américain qui nous a quittés il y a quelques mois, le 16 mars 2025, à l’âge de 83 ans. Faisons-lui honneur cette semaine avec cet article.

Une voix, une époque, un rouge flamboyant

Sorti en 1975, Songbird est un album de Jesse Colin Young, figure du folk américain et ancien membre du groupe The Youngbloods. C’est avec eux qu’il a chanté Get Together, une chanson devenue emblématique du mouvement pacifiste des années 60. Après la fin du groupe, Jesse prend une direction plus personnelle, plus ancrée dans l’intime que dans le manifeste.

Avec Songbird, il signe un disque à la fois discret et sincère. La pochette rouge attire d’abord l’œil – Capucine l’a bien repérée – mais ce n’est qu’une porte d’entrée vers un contenu plus feutré. Pas d’effets spectaculaires, ni de solos épiques. Juste des chansons bien construites, portées par une voix posée et des arrangements minimalistes. On est plus près d’un feu de cheminée que d’un stade rempli.

Un album qui ne cherche pas à briller, mais à durer

Dès le premier morceau, Songbird, on retrouve cette patte reconnaissable : une mélodie limpide, une voix presque chuchotée, et une impression de sincérité sans filtre. Before You Came prolonge cette atmosphère, tout en laissant poindre une mélancolie discrète, un peu comme un rayon de soleil filtrant à travers des rideaux un peu trop lourds.

Avec Daniel ou Again, l’album s’autorise quelques respirations plus pop, mais sans jamais perdre ce ton feutré. Il y a dans chaque morceau un refus de l’esbroufe. Jesse n’a pas besoin de crier ses émotions : il les distille, tranquillement, presque en confidence.

Et puis il y a Josianne – petite curiosité francophone dans le paysage anglo-saxon – ballade délicate au nom qui évoque un amour européen ou un souvenir un peu flou. L’influence folk reste dominante, mais avec une grande souplesse : Slick City flirte avec des sonorités plus urbaines, comme si Jesse s’amusait à jouer au citadin tout en gardant un pied dans la forêt.

Sugar Babe et les virées en Motorhome

Sur la fin du disque, deux morceaux apportent un ton plus vivant : Sugar Babe, probablement l’un des plus entraînants de l’album, et Motorhome, qui clôt le tout avec une touche presque malicieuse. On y devine un clin d’œil à la route, à l’indépendance, à ce mode de vie un peu bohème que Jesse n’a jamais vraiment quitté.

Ce n’est pas un final grandiloquent, mais plutôt une manière élégante de refermer la parenthèse : sur une note libre, roulante, presque complice.

Jesse, pour toujours

En 2025, l’année de son départ, la musique de Jesse Colin Young continue de traverser les époques avec une étonnante fraîcheur. Songbird n’est ni son disque le plus célèbre, ni le plus revendicatif, mais il a ce charme silencieux des albums faits sans prétention, avec cœur et constance.

#15 – Breakfast In América – Supertramp

Après ce petit troll du mois d’avril, et un petit break au pays du soleil levant, on enchaine avec un petit-dèj copieux pour la reprise.

Sorti en mars 1979, Breakfast in America est sans doute l’album le plus emblématique de Supertramp, groupe britannique qui s’est imposé dans les années 70 comme un pont subtil entre rock progressif et pop mélodique. Avec plus de 20 millions d’exemplaires vendus dans le monde, ce disque est bien plus qu’un succès commercial : c’est une œuvre finement construite, à la fois accessible et pleine de nuances.

Une Amérique vue d’ailleurs

Le titre, Breakfast in America, évoque une vision fantasmée des États-Unis, filtrée par le regard à la fois fasciné et critique de deux Britanniques — Roger Hodgson et Rick Davies — qui n’ont jamais vraiment caché leur ambivalence envers le rêve américain. Enregistré à Los Angeles, l’album ne cherche pas à faire l’éloge d’un pays, mais plutôt à en observer les travers avec un humour discret et un soupçon de mélancolie.

La pochette, d’ailleurs, est un petit bijou de second degré : la serveuse Debbie, en uniforme de diner, brandit un verre de jus d’orange façon Statue de la Liberté, le tout devant une skyline new-yorkaise faite… de boîtes de céréales et de vaisselle. Toute une époque résumée en une image : brillante, un peu kitsch, mais jamais dénuée de sens.

Des chansons ciselées pour les esprits en éveil

Musicalement, Breakfast in America est un modèle d’efficacité. Le groupe y affine sa formule : des compositions accrocheuses, des arrangements d’une grande richesse (mention spéciale aux claviers et aux cuivres), et des paroles plus profondes qu’il n’y paraît.

  • The Logical Song est sans doute le morceau le plus marquant. Derrière ses airs de comptine pop se cache une réflexion sur l’absurdité de l’éducation moderne et la perte d’identité à l’âge adulte. C’est simple, direct, et étonnamment universel.
  • Goodbye Stranger et Take the Long Way Home complètent un trio d’ouverture redoutable, entre introspection douce-amère et mélodies immédiatement mémorisables.
  • Le titre éponyme, Breakfast in America, avec son piano sautillant et sa mélodie entêtante, tranche volontairement avec des paroles un peu amères. L’ironie n’est jamais très loin, mais elle reste élégante.

Pop, mais pas creux

Si Breakfast in America s’éloigne du rock progressif pur des débuts du groupe, il ne cède jamais à la facilité. Les structures restent travaillées, les harmonies souvent sophistiquées, et chaque chanson porte la marque d’un groupe au sommet de son art. Le tandem Hodgson/Davies fonctionne ici à merveille, chacun apportant sa couleur : spirituelle et éthérée chez Hodgson, plus terre-à-terre et bluesy chez Davies.

Une écoute toujours aussi pertinente

Plus de 40 ans après sa sortie, Breakfast in America n’a rien perdu de sa fraîcheur. Il réunit ce que la pop fait de mieux : la clarté des mélodies, la richesse des arrangements, et une touche d’ambiguïté qui empêche l’album de sombrer dans le simplisme.

Écouter cet album aujourd’hui, c’est se replonger dans une époque où la musique mainstream savait encore prendre des risques, où les tubes pouvaient soulever des questions existentielles, et où une simple chanson pouvait résumer le vertige de grandir dans un monde trop rapide ( Ok Boomer ? ).

#14 – Chansons – Winnie L’Ourson

En 1985, alors que le rock alternatif et le punk s’infiltrent dans les caves sombres des capitales underground, un disque fait une apparition discrète mais retentissante chez les initiés : Chansons – Winnie l’Ourson. Derrière son apparence innocente, ce vinyle atypique est en réalité une œuvre avant-gardiste, oscillant entre rock psychédélique déguisé et satire douce-amère d’un monde en perte de repères. Retour sur un album qui aurait pu faire trembler la scène underground… si seulement elle l’avait remarqué.

Une production léchée, une dissonance insoupçonnée

Si l’on s’arrête à la première écoute, Chansons Winnie l’Ourson semble être un album pour enfants, doux et sucré comme un pot de miel. Mais derrière ces mélodies candides, les arrangements révèlent des influences insoupçonnées. On y trouve des accords de guitare qui n’auraient pas dépareillé sur un album de Velvet Underground, des percussions qui flirtent avec le krautrock, et une production si propre qu’elle en devient presque ironique. Les harmonies vocales sont si parfaitement exécutées qu’elles en deviennent hypnotiques, quasi hallucinatoires.

Des paroles plus subversives qu’elles n’y paraissent

Prenez Winnie L’ourson, morceau d’ouverture. Sous ses airs de ballade innocente, il s’agit en réalité d’une ode voilée à l’absurdité du quotidien et à l’aliénation moderne. Winnie et ses comparses semblent vivre dans une boucle éternelle, enfermés dans une forêt où le temps n’a plus de prise, métaphore limpide de la stagnation d’une société infantilisée.

Et que dire de Tu es le seul toi ? Ce titre, porté par un groove lancinant, est un manifeste existentialiste sur la quête de reconnaissance d’un individu perdu dans un monde où tout semble le dépasser. Une réflexion qui n’aurait rien à envier aux textes de Joy Division.

Une réception incomprise, un culte naissant

Malheureusement, l’album passe inaperçu à sa sortie, coincé entre l’explosion du rock FM et la montée du hardcore punk. Trop accessible pour les milieux underground, trop étrange pour le grand public, il tombe dans l’oubli. Mais comme tout grand disque maudit, il trouve peu à peu un public de passionnés, un cercle restreint de mélomanes qui y voient une pépite inclassable. Certains DJs l’ont même intégré à des sets expérimentaux, le plaçant aux côtés de Sonic Youth et des Residents.

Un album idéal à écouter pour ce 1er Avril… attendez 1985 ? J’étais persuadé que la playlist se terminait en 1981…

#13 – Hold Out – Jackson Browne

Sorti en 1980, Hold Out est un album qui divise encore aujourd’hui les fans de Jackson Browne. Après le chef-d’œuvre Running on Empty (1977), qui explorait la vie en tournée avec une sincérité brute, Browne revient avec un disque plus produit, plus policé… et parfois plus maladroit. Mais ne nous méprenons pas, Hold Out reste un album de qualité, porté par une plume toujours aussi affûtée et des mélodies qui collent aux tympans comme un refrain de fin de soirée.

Un succès commercial indéniable

Dès sa sortie, Hold Out s’offre la première place du Billboard 200. Un triomphe qui montre que Browne est au sommet de sa popularité. Pourtant, la critique, elle, n’est pas aussi dithyrambique. Certains reprochent à l’album son excès de production et une approche moins intime que les précédents.

Des chansons taillées pour la scène

L’album s’ouvre sur Disco Apocalypse, un titre à la rythmique plus musclée que d’habitude pour Browne. Certains y voient une tentative (maladroite) d’embrasser la vague disco, mais on est loin de la fièvre du samedi soir. Heureusement, il enchaîne avec Hold Out, une ballade au texte introspectif qui prouve que le songwriter californien n’a rien perdu de sa finesse.

Parmi les pépites de l’album, impossible de passer à côté de Boulevard, un hit énergique qui dépeint le désenchantement des rues de Los Angeles. On y retrouve un Jackson Browne plus incisif, loin des rêveries folk habituelles. Et que dire de Call It a Loan, une sublime ballade coécrite avec David Lindley, qui brille par son équilibre entre douceur et mélancolie ?

Un album en demi-teinte, mais attachant

Il faut être honnête : Hold Out n’a pas l’aura de ses prédécesseurs. Les arrangements sont parfois trop appuyés, certaines chansons paraissent moins inspirées (That Girl Could Sing, malgré ses qualités, ne révolutionne rien). Mais malgré ses défauts, l’album garde un charme indéniable, porté par la voix sincère de Browne et son talent pour raconter des histoires.

Un album à redécouvrir ?

Si Hold Out n’est pas le premier album qu’on recommanderait pour découvrir Jackson Browne, il mérite tout de même une oreille attentive. Entre tubes évidents et morceaux plus anecdotiques, il capture une époque où le soft rock dominait les ondes, tout en laissant entrevoir la transition vers les années 80.